22 di ferraghju 2026 Communiqué, Reagisce/Réactions, Sustegnu / soutien amanca

Pour une défense de l’antifascisme : refusons la manipulation électoraliste

La mort à vingt-trois ans d’un jeune homme, fût-il néofasciste, sous les coups répétés et acharnés de militants masqués, ne peut souffrir d’aucune justification. En arriver à la barbarie au nom d’une lutte légitime contre la barbarie est une contradiction. Elle pose un problème de conscience et d’éthique militante à toute personne sincèrement engagée dans le combat antifasciste.

Le malaise face à ce décès réaffirmé, force est de constater que, depuis le samedi 14 février, nous assistons à un retournement historique de perspective sur la nature même de l’antifascisme.

Né dans le contexte de l’après-Seconde Guerre mondiale — guerre d’anéantissement au cours de laquelle les pires régimes fascistes et génocidaires furent à l’œuvre sur tous les champs de bataille d’Europe et du monde — l’antifascisme a pour raison d’être le combat sous toutes ses formes contre le retour des persécutions et des haines fondées sur l’origine, la religion ou toute autre dimension constitutive de la personne.

Or, depuis quelques jours, dans la bouche de membres du gouvernement comme de nombreux responsables politiques, l’antifascisme serait devenu une autre forme de fascisme. Une véritable inversion du stigmate est à l’œuvre. Sous le choc de la mort de Quentin Deranque, on en oublierait presque que, depuis des décennies, la violence politique émane très majoritairement de groupuscules d’extrême droite, à Lyon comme ailleurs. On oublierait ancore que 90% des violences politiques dans l’Hexgone sont le fait de groupuscules issus de la droite la plus radicale.

Nous refusons que soit imputée à la gauche de la gauche — qu’incarnent La France insoumise ou La Jeune Garde — une quelconque responsabilité collective. Si des responsabilités individuelles devaient être établies, elles devraient être assumées par celles et ceux qui sont concernés. Mais pourquoi criminaliser un groupe antifasciste qui a cherché à faire barrage à la violence de l’extrême droite dans le climat délétère du Vieux Lyon, entre le Bastion social et les Remparts ? Pourquoi jeter l’opprobre sur un collectif ouvert aux syndicats et au monde du travail, refusant le sectarisme ? Et pourquoi, au-delà, criminaliser l’ensemble du courant antifa ? En est-on arrivé à vouloir qualifier ce mouvement de terroriste, par un alignement inquiétant sur les politiques néo conservatrices et néo fascistes menées outre-Atlantique ?

Prenons garde au double standard. Pour une minute de silence à l’Assemblée en hommage à Quentin Deranque, combien par exemple pour les syndicalistes, militantes et militants associatifs, personnes racisées ou LGBT victimes de la violence et de l’altérophobie d’extrême droite ?

Disons-le clairement. Malgré les critiques que l’on peut adresser à Jean-Luc Mélenchon, la curée dont est victime La France insoumise relève d’une stratégie électoraliste indécente. Elle traduit la crainte suscitée par le parti aujourd’hui le mieux placé à gauche pour les prochaines échéances, municipales comme présidentielles.

Les champions de la bassesse électoraliste restent les membres du Rassemblement national et tous les néoconservateurs ou apprentis fascisants qui suivent leur sillage, tels Bruno Retailleau ou Laurent Wauquiez.

Que dire de Jordan Bardella, qui pousse la falsification jusqu’à appeler à un front républicain anti-LFI après avoir revêtu les habits de la respectabilité ? Que répondraient les journalistes de Mediapart ou de Libération, qui documentent régulièrement le passif raciste, antisémite, homophobe ou masculiniste de nombreux candidats du RN ?

Le monde du travail, force vive du combat antifasciste, ne peut accepter cette mise à l’index. Il doit réaffirmer l’urgence de la lutte, dans un contexte international marqué par la montée des conservatismes, des racismes et des suprémacismes, inspirés par le modèle MAGA.

L’heure est venue de nous rassembler autour d’une plateforme antifasciste unitaire et de masse, programmatique et stratégique digne de ce nom. Une plateforme ancrée dans une éthique militante exigeante, capable de défendre partout les droits démocratiques du monde du travail.

A Manca