L’Iran est depuis quarante-sept ans une dictature théocratique criminelle qui opprime les femmes et les minorités, exerçant une répression implacable sur toutes les formes d’opposition comme en témoigne la multitude d’opposantes et opposants politiques qui croupissent dans les geôles du régime.
Malgré l’héroïsme d’une majorité de femmes et d’hommes de ce pays, aucune mobilisation, même massive, n’a pu venir à bout de cette tyrannie sanglante : ni le mouvement « femmes, vie, liberté », ni le dernier épisode d’ampleur des 8 et 9 janvier, soulèvement réprimé avec une violence inouïe, à l’origine de plusieurs milliers ou dizaines de milliers de victimes, selon des ONG.
Ce régime, par sa politique nucléaire et sa course à l’enrichissement, fait pour couronner le tout peser un risque existentiel sur l’Etat d’Israël en œuvrant de toutes les manières à sa destructions depuis 1979.
Si la guerre lancée conjointement ce samedi 28 février par Israël et les États-Unis peut sembler de prime abord légitime dans un tel contexte, elle ne s’avère en réalité ni conforme au droit international ni porteuse d’une quelconque perspective démocratique pour la population iranienne.
En effet, c’est la Charte des Nations unies de 1945 qui encadre le recours à la force armée entre Etats. Son article 2 interdit le recours à la force sauf dans deux hypothèses : l’autorisation du Conseil de sécurité ou l’exercice de la légitime défense en cas d’attaque armée. En l’absence de telles situations, une intervention qualifiée de « préventive » ne trouver aucun fondement juridique reconnu par l’ordre international.
S’agissant des États-Unis, la Constitution fédérale confie au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre Si le président est le commandant en chef des forces armées, l’engagement unilatéral des forces armées est strictement encadré. Le chef de l’exécutif doit envoyer une notification au Congrès dans un délai de quarante-huit heures en limitant dans le temps toute intervention non autorisée par celui-ci.
Dans ces conditions, une opération militaire engagée sans autorisation préalable du Congrès et sans base juridique internationale claire semble constituer un pas supplémentaire vers une forme de régime autoritaire.
Illégale, cette guerre ne pourra en aucun cas apporter de perspectives politiques démocratiques mais risque fort de plonger la région déjà lourdement éprouvée depuis des décennies dans un indescriptible chaos à la Syrienne. D’ailleurs qui pourrait encore suspecter Trump ou Netanyahou de vouloir installer la démocratie chez les autres alors qu’ils participent à sa destruction dans leurs propres pays ? Au-delà du prétendu argument sécuritaire, cette guerre peut aussi servir un objectif géopolitique plus large : fragiliser l’Iran pour mieux menacer une source essentielle d’approvisionnement pétrolier pour la Chine et en cela, peser indirectement sur son économie.
Cette farce cynique de deux Etats volant au secours du peuple iranien, pourtant oublié en janvier dernier ne saurait un instant faire illusion et masque fort mal les objectifs de chacun. Il s’agit sans doute pour Trump d’une diversion électoraliste : faire oublier la compromettante et tentaculaire affaire Epstein tout en continuant à se présenter à son électorat comme un faiseur de paix en défense des « intérêts américains » alors que Netanyahou poursuit son obsession de remodeler par la brutalité des armes et les crimes sur civils l’ensemble du Moyen Orient afin d’y faire régner un Israël hégémonique aux visées expansionnistes voire coloniales.
Parce qu’un changement de régime aspirant à la démocratie repose sur le droit à l’autodétermination des peuples seul et ne peut jamais venir d’une agression extérieure, comme l’ont démontré tous les précédents de ces dernières décennies, au Moyen Orient comme ailleurs dans le monde, il faut cesser les habillages et les escroqueries.
L’opération conjointe israélo-américaine n’est que l’énième expression d’un retour des impérialismes dans un nouvel ordre mondial en cours de décomposition- recomposition. Ce nouvel état du monde brutalise les peuples tout en feignant de rechercher leur libération, prétend défendre les intérêts d’autrui tout en masquant la nature des siens propres.
La survenue brutale d’une guerre moyen- orientale d’ampleur va plonger sans nul doute les peuples et les sociétés dans la mort et le chaos dans tous les domaines du quotidien. Au-delà de cette triste perspective, les risques politiques comme les risques d’extension du conflit dans le cadre d’une mondialisation capitaliste des économies planent aujourd’hui sur une partie du monde.
Face à l’escalade militaire en cours, il est urgent d’exiger un cessez-le-feu immédiat et le retour au cadre du droit international. Comme nous l’avons dit, aucune guerre préventive, aucune intervention extérieure ne saurait ouvrir la voie à la démocratie : seule la mobilisation des peuples eux-mêmes peut fonder un changement politique durable.
Nous affirmons notre solidarité pleine et entière avec les femmes, les travailleurs, les jeunes et les minorités d’Iran qui luttent courageusement contre la dictature théocratique. Leur combat pour la liberté, l’égalité et la justice sociale ne peut être confisqué ni instrumentalisé par des puissances poursuivant leurs propres intérêts stratégiques.
Nous refusons toute logique de blocs et toute militarisation accrue des relations internationales. La paix, le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la relance d’un cadre multilatéral de négociation constituent les seules voies responsables pour éviter l’embrasement régional et un nouveau cycle de chaos.
Plus que jamais, les peuples doivent s’opposer aux logiques impérialistes et à l’économie de guerre qui sacrifient les sociétés au profit des puissances et des industries d’armement. C’est par la solidarité internationale et la mobilisation populaire que pourra s’ouvrir une perspective de paix et d’émancipation.
A Manca