La tentative de Donald Trump de s’approprier le Groenland, si elle s’inscrit dans une reconfiguration globale de l’Arctique, espace qui fait l’objet d’une compétition effrénée entre Etats-Unis, Chine et Russie, notamment, relève avant tout d’un néocolonialisme décomplexé. Ce virage géopolitique renoue avec les logiques prédatrices du XIXᵉ siècle, associées à des pratiques de type maffieux.
Acheter un territoire, disposer d’un peuple comme d’un bien marchand, nier son droit à l’autodétermination, voire à l’existence même : voilà bien une vision du monde qui caractérise l’état actuel du néo-impérialisme américain. « Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent » aurait écrit dans la même veine un certain Caligula évoquant les Romains.
Face à ce coup de force, le peuple groenlandais a su se dresser, se mobiliser et faire entendre un NON clair et collectif aux velléités de possession américaines, sans pour autant gommer ni oublier le passé colonial du Danemark à son égard. Ce choix européen et ce refus lancé à l’administration Trump constituent bel et bien un acte politique majeur. Il rappelle que les peuples ne sont ni à vendre, ni à céder, ni à soumettre aux intérêts stratégiques et économiques de grandes puissances.
Ce contexte géopolitique a également mis en lumière une réalité trop souvent niée : face à un prédateur qui ne comprend que la logique de l’intimidation et de la loi du plus fort, tenir la ligne claire et déterminée du refus, rappeler la nécessité de la frustration, peut contraindre au recul. En le prenant à son propre jeu, notamment par le déploiement de quelques soldats pour des missions stratégiques identifiées, l’Europe a cessé de parler le langage de la soumission et de la prosternation bien qu’elle n’ait encore ni autonomie de défense arctique ni stratégie unifiée. Ce petit progrès s’avère décisif car elle a opposé un rapport de force assumé — et cela a contraint l’administration américaine à faire, provisoirement ou non, machine arrière quant à ses insatiables appétits.
Pour la première fois depuis longtemps, l’Europe a quitté sa position de vassal. En soutenant la position groenlandaise, elle a démontré qu’il était possible de rompre avec l’alignement automatique et de défendre le droit des peuples face aux projections de puissance impérialistes.
A Manca affirme sa solidarité pleine et entière avec le peuple groenlandais, comme avec l’ensemble des peuples confrontés aux logiques de domination et de prédation. De la Corse au Groenland, une même exigence s’impose : le droit de décider par nous-mêmes, sur nos terres, pour notre avenir.
L’histoire, loin d’être écrite par avance, change lorsque les peuples se décident à tenir bon, collectivement.
A Manca