Le vote du 23 juin marque une étape importante dans le long combat du peuple corse pour la reconnaissance de ses droits politiques. A Manca a toujours défendu une conception de l’autodétermination fondée sur un processus démocratique progressif et décidé collectivement.
Depuis plus de cinquante ans, la revendication des droits historiques du peuple corse et la défense de sa culture structurent la vie politique de notre île. Tout ce qui peut conférer un degré de liberté supplémentaire au peuple corse apparaît donc comme nécessaire et bienvenu. C’est pourquoi le vote du 23 juin constitue à nos yeux un premier pas sans pour autant valoir blanc-seing. Ce texte s’avère décisif parce qu’il rompt avec le principe d’uniformité institutionnelle de la République française et reconnaît enfin que la Corse peut disposer de compétences propres.
Cette évolution est tout sauf un cadeau de l’État; elle est le fruit de décennies de mobilisations du mouvement national, des forces syndicales, associatives et démocratiques de notre île.
Parce que nous refusons aussi bien un modèle libéral fondé sur la rente qu’un modèle autoritaire où les libertés démocratiques seraient restreintes, nous revendiquons comme fondamental le principe de non-régression en matière sociale et environnementale. L’obtention de droits supplémentaires, de pouvoirs réglementaires et législatifs, doit permettre de construire une Corse plus juste, où les richesses seront mieux partagées, les services publics socialement et écologiquement utiles renforcés, les ressources collectives protégées et les décisions placées sous le contrôle des citoyennes et citoyens.
Bien des points manquent encore à ce texte, et en particulier l’affirmation centrale de la notion de citoyenneté corse dans le cadre de la communauté de destin. Une telle citoyenneté constituerait un outil essentiel pour protéger durablement le foncier, faciliter l’accès à la terre et au logement pour les Corses, préserver notre patrimoine collectif et faire face à l’avancée de la spéculation immobilière et du tourisme de masse prédateur d’espaces et de ressources. Reconnue dans le statut lui-même, une telle citoyenneté constituerait également le fondement politique et juridique d’un véritable statut de résident
Malgré les nombreuses améliorations que nécessiterait ce texte et toutes les réserves qu’il peut susciter, Il nous paraît évident que les forces qui continuent de refuser toute évolution démocratique des institutions corses réactivent les logiques de la CFR.
Si beaucoup d’actrices et d’acteurs sincères de la vie publique s’inquiètent d’une possible progression de la mafia dans un contexte d’autonomie accrue, nous leur rappelons que la police, la justice et l’ensemble des compétences régaliennes demeurent aujourd’hui entre les mains de l’État. Force est pourtant de constater que cette situation n’a pas empêché, depuis près de trente ans, l’enracinement du phénomène mafieux malgré un quadrillage des forces de l’ordre sur notre île dès les années 1980-1990. L’autonomie devra au contraire s’accompagner d’une transparence renforcée des institutions, d’un contrôle démocratique accru et d’une mobilisation de l’ensemble de la société corse contre les intérêts mafieux. Une démocratie de proximité, davantage fondée sur la participation citoyenne et la transparence des institutions, constitue au contraire un moyen supplémentaire de lutter contre les phénomènes mafieux.
Ces objectifs ne pourront être atteints sans un engagement citoyen de tous les instants. Il appartient aux forces vives de notre pays de faire mesurer aux Corses l’impérieuse nécessité de cette mobilisation démocratique. Car l’autonomie ne prendra tout son sens que si elle permet au peuple corse de défendre et consolider ses droits collectifs, d’approfondir un contrôle démocratique sur les grandes décisions politiques et de construire une société plus juste, plus solidaire et plus libre. Le véritable enjeu est désormais l’usage que le peuple corse fera des compétences qui lui seront reconnues.
A Manca