5 di ghjennaghju 2026 Communiqué, Reagisce/Réactions amanca

Venezuela : le retour de la doctrine Monroe et la « recolonisation » du monde à venir ?

À part quelques idéologues sectaires ou naïfs personne ne peut raisonnablement prendre la défense du dictateur Nicolas Maduro qui opprime son peuple depuis des années. Néanmoins, l’opération américaine menée dans la nuit de vendredi à samedi n’est rien d’autre qu’un coup d’Etat en complète violation de toute expression minimale du droit.

La doctrine reaganienne de la puissance par la force se voit recyclée et gravement amplifiée.

Pour les classes populaires vénézuéliennes dont le monde se moque et que Trump ignore et méprise, ce qui se profile derrière les canonnières yankee est tout sauf une libération. La droite vénézuélienne sur le modèle trumpiste du Make Venezuela Great Again s’apparente à celle du fanatique libertarien d’Argentine Javier Milei

Indéniablement, l’invasion et l’enlèvement menés par l’oncle Sam renouent dans la doctrine Monroe de 1823 faisant des Amériques le pré carré des Etats- Unis. Cette reconnexion inscrit le néo impérialisme à la sauce MAGA dans une continuité idéologico-historique

Dans une conférence digne d’Ubu roi, le président américain n’a rien dissimulé de l’objectif central à l’origine de l’agression militaire perpétrée ces derniers jours. La glorification viriliste des capacités des forces armées nord-américaines à laquelle il s’est livré, au-delà de l’obscénité qu’elle démontre, traduit l’ampleur de sa politique spectacle d’un populisme pathétique. Elle rappelle également les discours bellicistes proférés en d’autres temps par une cohorte de dictateurs néo- fascistes.

Tout en assénant des arguments mensongers, Trump dévoile ses véritables intentions ; ce mélange improbable créateur d’une post- vérité sidère tout observateur adossé au principe de réalité. Que le Venezuela comme d’autres Etats d’Amérique Latine soit un point de passage, voire un territoire de prédilection pour les cartels de la drogue ne peut souffrir d’aucune contestation. Mais que ce pays ait muté réellement en un narco-Etat s’inscrit dans le cadre de la construction d’un narratif trumpien destiné à éviter l’accusation de violation du droit américain en matière de politique étrangère. En effet, si Maduro est un narco-trafiquant, l’opération américaine n’est pas une déclaration de guerre qui nécessite sur le plan juridique l’aval du congrès.

Derrière l’argumentaire fallacieux, ce sont les premières réserves mondiales de pétrole qui aiguisent l’appétit yankee. L’administration américaine teste au travers de cette agression, les réactions internationales. Et pour l’heure celles-ci ne sauraient en rien les inquiéter ; ce qui peut présager sans coups férir, d’autres agressions de la même intensité aux quatre coins de la planète. Un effet domino reste donc à craindre, rappelant les beaux jours de la guerre froide, relookée aux couleurs d’un projet de « recolonisation » que Trump évoque dans le document publié il y a de cela un mois relatif à la politique de sécurité nationale des États- Unis.

Il n’est qu’à relever la lâcheté contenue dans les prises de position de l’Europe et en particulier de Macron, pour affirmer que le camp trumpiste a d’ores et déjà remporté le premier round. Il faut être bien cynique ou hypocrite pour feindre d’espérer « une transition démocratique » après un tel coup de force impérialiste car les baïonnettes des Marines ne sauraient constituer un gage de liberté pour les vénézuéliens.

Si Trump a prononcé vingt -trois fois le mot « pétrole » dans sa conférence de presse, notons que pas une fois le mot « démocratie » ne s’est entendu.

Qui pourrait encore s’illusionner pour penser qu’après ce qui constitue un coup d’essai grandeur nature assorti de promesses de prise en main du pays assailli, les velléités américaines en resteront là ? Au contraire, il menace la Colombie, prédit la chute de Cuba en se frottant les mains et réaffirme ses vues sur le Groenland au nom d’une prétendue « sécurité nationale » américaine.

Une fois cette méthodologie adoptée et ce précédent posé, les Poutine, Modi et autre Xi Jinping auront beau jeu désormais de continuer à se livrer à de semblables agressions sans que rien ne puisse les freiner, puisque le droit international, déjà passablement usé jusqu’à la corde et illusoire, s’avère bel et bien enterré.

L’Humanité tout entière se voit plongée dans une obscure régression vers l’ère des Empires recolonisateurs et expansionnistes, assortie d’une brutalisation des relations avec ne l’oublions pas en toile de fond un ordre capitaliste qui s’exonère de la plus infime des retenues.

Face au retour brutal des empires et à la logique de recolonisation du monde, l’histoire rappelle une vérité simple : aucun peuple n’est condamné à la soumission. De la Corse en lutte pour son autodétermination depuis des décennies aux peuples d’Amérique latine qui refusent d’être des arrière-cours impériales, une même exigence traverse les combats : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Contre la loi du plus fort, doivent se lever des solidarités sans frontières, des résistances populaires, une internationalisation des luttes. Tant que subsistera cette conscience collective l’empire ne sera jamais qu’un moment, et la liberté, un horizon toujours reconquis.

A Manca